Peinture, littérature, musique : les créateurs et les œuvres qui façonnent l'imaginaire ukrainien.
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La figure d’Ivan Franko (1856–1916) déconstruit le stéréotype colonial qui réduit la littérature ukrainienne du XIXᵉ siècle à la « provincialité » et au « folklore ». Docteur en philosophie de l’Université de Vienne, polyglotte et traducteur de Dante, de Shakespeare, de Zola et des tragiques de l’Antiquité, Franko a conjugué le rationalisme centre-européen à l’affirmation résolue de la modernité d’une nation sans État. Persécuté par les autorités austro-hongroises pour son engagement social radical, il a contribué à faire entrer le canon européen en Ukraine tout en portant la pensée intellectuelle ukrainienne à l’échelle du continent.
À l'entrée du village de Bolotnya, en Polésie ukrainienne, les marécages et les forêts denses semblent garder la mémoire d'un monde ancien. C’est là, à moins de cent kilomètres au nord de Kyiv et à une trentaine de kilomètres de ce qui deviendra la centrale de Tchernobyl, qu’a vécu toute sa vie une femme modeste, paysanne de condition, appuyée sur des béquilles depuis une poliomyélite infantile : Maria Prymatchenko (1909–1997).
Un carré noir sur un fond blanc. Difficile d’imaginer une image plus simple — et une œuvre qui ait davantage compliqué notre rapport à la peinture.
En 1964, le musée du Louvre rompt avec des siècles de tradition : pour la première fois dans son histoire, une femme artiste bénéficie d’une rétrospective de son vivant. Cet honneur inédit n’est pas accordé à une représentante de l’académisme parisien, mais à une créatrice visionnaire dont le pinceau a fait vibrer la modernité au rythme de cercles incandescents et d'accords chromatiques purs : Sonia Delaunay (1885–1979).
Au début des années 1910, dans les ateliers animés de Montparnasse, les artistes dissèquent le monde en arêtes géométriques et en volumes rigoureux. Le cubisme s'impose alors par une palette volontairement austère : ocres éteints, gris ardoise, bruns terreux. Pourtant, un regard singulier refuse cet ascétisme chromatique pour y injecter une énergie éclatante, rythmique et solaire.
Dans les années 1920, tandis que Paris vibre au rythme des Années folles, Montparnasse et des surréalistes, une autre capitale européenne bouillonne d’une créativité tout aussi radicale : Kharkiv. C’est là que naît l’un des mouvements artistiques et littéraires les plus audacieux du XXe siècle, avant d’être méthodiquement anéanti dans les forêts de Carélie par la terreur stalinienne. Voici l'histoire de la « Renaissance fusillée » (Rozstriliane vidrodjennia), matrice assassinée mais indestructible de la modernité ukrainienne.
Bien avant que Virginia Woolf ne théorise la nécessité d'une « chambre à soi », une aristocrate ukrainienne bâtissait, au cœur de l'Empire des tsars, une citadelle intellectuelle pour sa langue et son peuple. Écrivaine, éditrice et pionnière de l'ethnographie, Olena Pchilka ne s'est pas contentée d'élever la plus grande poétesse de son pays : elle a conçu la résistance comme un art de vivre.
Pouvant dépasser trois mètres de long sans posséder la moindre clé ni le moindre trou, ce cor alpin en bois d’épicéa foudroyé est bien plus qu'une curiosité acoustique : il est le cœur battant de la vie pastorale des Carpates et un symbole vivant de résistance.
À la mémoire de cette écrivaine ukrainienne disparue en mars 1977, un regard sur une œuvre où les livres pour enfants, l’éducation des femmes et l’engagement civique ne se séparaient pas.